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Alaa Faraj : Le rêve brisé d'un jeune footballeur libyen en Italie

L'histoire poignante d'Alaa Faraj, jeune footballeur libyen promis à un brillant avenir, révèle les dures réalités auxquelles sont confrontés de nombreux Libyens et migrants. Son parcours, de l'espoir à la détention, met en lumière un système judiciaire italien sujet à caution, où des innocents sont condamnés sur la base de témoignages fragiles. Son combat pour la vérité et la liberté, même derrière les barreaux, est un témoignage émouvant de résilience face à l'adversité.

En 2014, alors que la Libye était plongée dans une nouvelle guerre civile, Alaa Faraj, un jeune étudiant en ingénierie et footballeur prometteur de 19 ans, a vu son existence basculer. Élevé dans une famille aisée à Benghazi, il menait une vie épanouie, partagée entre ses études et sa passion pour le football, ayant même intégré l'équipe professionnelle de l'Al-Ahly Benghazi, son club de cœur. La fermeture des universités et l'arrêt des activités sportives l'ont contraint, avec ses amis, à envisager de quitter le pays. Après des tentatives infructueuses d'obtenir un visa légal pour l'Europe, il a décidé, contre l'avis de sa famille, de tenter la traversée de la Méditerranée.

Le 15 août 2015, jour férié en Italie connu sous le nom de Ferragosto, Alaa et plus de 300 autres migrants ont embarqué sur une petite embarcation surchargée. Cette traversée tragique s'est soldée par la mort de 49 personnes, asphyxiées dans la cale du navire après son chavirement. Rescapé, Alaa Faraj a été arrêté dès son arrivée en Sicile et accusé d'être un trafiquant d'êtres humains, de complicité d'entrée illégale et d'homicides multiples. Ces accusations reposaient principalement sur les témoignages de deux passagers, recueillis dans un état de choc et de détresse extrême, et dont la fiabilité est fortement contestée par son avocate.

En 2017, Alaa Faraj et ses coaccusés libyens ont été condamnés à 30 ans de prison, une décision qui a été confirmée en appel et en cassation. Alessandra Sciurba, chercheuse spécialisée en droits humains et migration, qui a accompagné Alaa dans l'écriture de son livre 'Perché ero ragazzo' ('Quand j'étais petit'), dénonce une erreur judiciaire flagrante et la nécessité de trouver un bouc émissaire pour masquer les défaillances institutionnelles. Elle souligne l'injustice de l'article 12 du Code unique sur l'immigration, qui, selon elle, cible les passagers vulnérables plutôt que les véritables trafiquants. Malgré cette injustice, Alaa a appris l'italien en prison et a décidé de raconter son histoire, espérant un jour redevenir entraîneur de football.

Le rêve de ce jeune footballeur, brisé par la guerre et une condamnation inique, est devenu un symbole de la lutte contre l'injustice et un appel à la reconnaissance de la dignité humaine, même pour ceux que la vie a contraints à l'exil.