Sport

La Coupe du Monde à 48 Équipes : Une Vraie Inclusion ou un Simple Calcul Financier ?

L'expansion du format de la Coupe du Monde à 48 équipes, présentée par la FIFA comme une avancée vers l'inclusion et la démocratisation du football, est en réalité sujette à un examen critique. Tandis que l'objectif affiché est d'offrir une chance aux nations moins représentées, les réalités politiques et économiques révèlent une image plus complexe. L'exemple de l'Érythrée, forcée de se retirer des qualifications pour des motifs politiques internes, met en lumière les défis persistants. Des experts et historiens du football s'interrogent sur les véritables motivations de la FIFA, suggérant que l'accroissement des revenus et le contrôle des marchés priment souvent sur les idéaux d'équité et de développement global du sport.

La Réalité Amère de l'Inclusion dans le Football Mondial

Dans le quartier de Tiravolo à Asmara, en Érythrée, des jeunes passionnés de football rêvent de porter les couleurs de leur pays sur la scène internationale, un rêve qui semble désormais hors de portée. En octobre 2023, la Fédération érythréenne de football a été contrainte de se retirer des qualifications pour la Coupe du Monde 2026. Cette décision émane du régime en place, dirigé par Isaias Afwerki, surnommé « le Kim Jong-un africain ». La crainte principale était que les joueurs érythréens ne profitent des déplacements à l'étranger pour demander l'asile politique, échappant ainsi au contrôle strict du gouvernement. Cette situation a entraîné l'annulation d'un match prévu contre le Maroc le 8 octobre au stade Cicero, privant ainsi l'équipe nationale, les « Red Sea Boys », de toute participation. Ce n'est pas un cas isolé : depuis 2009, plus de soixante footballeurs érythréens ont fui leur pays lors de matchs internationaux. Cette réalité contraste fortement avec le discours de Gianni Infantino, président de la FIFA, qui, lors du conseil de la FIFA à Zurich, a souligné la mission de l'organisation de promouvoir le football à travers ses valeurs unificatrices et humanitaires. Cependant, la FIFA, tout en affirmant ne pas pouvoir résoudre les problèmes géopolitiques, est interpellée sur sa capacité à mettre en œuvre une politique concrète favorisant l'équité entre les fédérations. Des pays comme la Russie (suspendue pour son invasion de l'Ukraine), la République du Congo et le Pakistan (suspendus pour ingérence politique et problèmes démocratiques internes) ont également été confrontés à des retraits ou des suspensions, bien que pour des raisons différentes. Ces exemples soulignent la nécessité pour la FIFA de renforcer l'accessibilité de ses compétitions, au-delà des augmentations de participants qui, selon François da Rocha Carneiro, historien du football, servent surtout à augmenter les profits via les droits télévisuels et les matchs supplémentaires. Luc Arrondel, chercheur au CNRS-Paris School of Economics, met en avant que l'organisation de la Coupe du Monde reste l'apanage des nations les plus riches, et que l'élargissement du format à 48 équipes ne garantit pas une compétition plus compétitive, mais plutôt une « politique d'égalité plutôt que d'équité ». Les revenus colossaux générés par la FIFA, estimés à 11 milliards de dollars pour la période 2023-2026, pourraient être mieux redistribués vers les fédérations fragiles pour développer les infrastructures et l'éducation par le football. De plus, la FIFA pourrait revoir sa politique concernant le changement de nationalité sportive des joueurs, qui affaiblit souvent les petites nations en les privant de leurs talents. En adoptant une approche plus solidaire, la FIFA pourrait véritablement incarner son rôle d'inclusion et étendre son influence, pour le bénéfice de tous les acteurs du football mondial.

La situation actuelle du football mondial, illustrée par le cas érythréen et les réflexions sur les politiques de la FIFA, met en évidence la tension entre les idéaux sportifs et les réalités géopolitiques et économiques. Alors que le football est universellement célébré pour sa capacité à transcender les frontières et à unir les peuples, les décisions des instances dirigeantes semblent parfois privilégier des intérêts financiers ou politiques au détriment de l'équité et du développement des nations émergentes. Une véritable inclusion nécessiterait non seulement d'ouvrir les portes des grandes compétitions, mais aussi de soutenir activement les fédérations en difficulté, de garantir la sécurité et la liberté des athlètes, et de promouvoir une répartition plus juste des ressources. C'est à ce prix que le rêve de chaque enfant, quel que soit son pays d'origine, de participer à la grande fête du football pourra devenir une réalité, et que la FIFA pourra pleinement honorer ses valeurs affichées.