Le domaine de la finance durable fait face à un défi majeur : l'incohérence des données extra-financières. Ces informations, publiées par les entreprises dans leurs rapports ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), manquent souvent de standardisation et peuvent être sujettes à interprétation. Cette situation entraîne une méfiance persistante du public ainsi qu'une inertie dans les flux de capitaux. Bien que l'intérêt pour la transition énergétique soit croissant au Canada, notamment chez les jeunes générations, il reste difficile de traduire cet engouement en décisions d'investissement concrètes. Cependant, des progrès significatifs sont en cours grâce à des initiatives nationales et internationales visant à unifier les normes de divulgation.
Les rapports ESG actuels souffrent d'une grande hétérogénéité. Chaque entreprise choisit ses propres indicateurs, formats et portées, ce qui complique la comparaison entre institutions financières. Selon Fate Saghir, cette pratique empêche même les analystes expérimentés de distinguer les véritables leaders de ceux pratiquant le greenwashing. Cette confusion alimente une méfiance généralisée et freine les investissements dans la transition énergétique. Malgré un intérêt croissant des Canadiens pour ce sujet, seulement 6 % des répondants savent comment investir effectivement dans ce domaine.
Des efforts considérables sont toutefois en cours pour remédier à cette situation. L’International Sustainability Standards Board (ISSB), dont le siège est à Montréal, joue un rôle crucial dans l'établissement de normes mondiales. Au niveau national, le Canada a également créé le Conseil canadien des normes de durabilité (CSSB), dirigé désormais par Wendy Berman. Ce dernier a récemment publié deux cadres de divulgation : un sur les enjeux de durabilité matériels et un autre spécifiquement axé sur le climat. Ces cadres visent à fournir aux entreprises et aux investisseurs des outils fiables pour prendre des décisions fondées sur des données solides et comparables.
En outre, la ministre Chrystia Freeland a récemment annoncé l'engagement du Canada à développer une taxonomie verte et de transition adaptée aux réalités locales. Ce cadre prendra en compte les voix autochtones, les travailleurs des énergies traditionnelles et l'économie nationale. Son objectif est de renforcer la transparence et de guider les investisseurs, tout en évitant des cadres rigides inadaptés aux besoins canadiens. Les défis restent cependant importants, avec un besoin estimé à environ 125 à 140 milliards de dollars pour verdir l’économie canadienne, contre seulement 25 milliards investis actuellement.
L'unification des normes de divulgation représente donc une étape cruciale pour accélérer la transition énergétique. En structurant correctement ces informations, les consommateurs et investisseurs seront mieux outillés pour agir en fonction de leurs convictions. La culture de la divulgation doit également évoluer, plaçant les enjeux de durabilité sur un pied d'égalité avec les résultats financiers. Seule une approche rigoureuse permettra à la finance de jouer pleinement son rôle de levier dans la lutte contre le changement climatique.
