Sport

Marouane Chamakh : Réflexions d'un ancien Lion de l'Atlas

Dans cet entretien exclusif, Marouane Chamakh, l'ancien international marocain, partage les moments clés de sa carrière et de sa vie post-football, entre défis personnels et aspirations professionnelles.

La Vie après le Football : Intimité, Passions et Combats

Retour sur la discrétion et les priorités familiales

Depuis l'annonce de sa retraite en 2019, Marouane Chamakh a choisi de s'éloigner des projecteurs, une décision qu'il attribue à sa nature réservée. Il a dédié ce temps précieux à sa famille, en particulier à ses filles, dont l'une est atteinte d'autisme sévère. Il confie que la pression constante qu'il a vécue en tant que footballeur professionnel, dès ses 19 ans au Maroc, l'a poussé à reconsidérer ses priorités. Il relativise les défis rencontrés grâce à des épreuves passées, comme la perte précoce de son frère, qui l'a forgé et endurci.

L'amour inconditionnel pour les Girondins de Bordeaux

Marouane Chamakh révèle que son attachement aux Girondins de Bordeaux remonte à bien avant son intégration au centre de formation. Il évoque sa fascination pour l'équipe dès l'ère de Zidane et Dugarry en 1996, et surtout le titre de 1999, qu'il a vécu avec une ferveur particulière. Ce lien émotionnel a été déterminant dans son choix de rejoindre Bordeaux, malgré d'autres offres de clubs. Il garde des souvenirs vifs de ses coéquipiers de l'époque, comme Rio Mavuba et Benoît Trémoulinas.

Les confrontations marquantes et l'admiration pour Pauleta

Au cours de sa carrière bordelaise, Chamakh a croisé la route de nombreux attaquants de talent. Il exprime une admiration particulière pour Pauleta, dont les conseils avisés ont profondément influencé son jeu. Il se souvient des astuces de l'attaquant portugais pour anticiper les mouvements sur le terrain. Il évoque également les duels intenses avec des défenseurs comme Cris, des affrontements physiques qui, malgré leur intensité, ont forgé une forme de respect mutuel sur le terrain.

Un style de jeu atypique et une coiffure emblématique

Chamakh décrit son style de jeu comme étant axé sur le collectif et l'engagement, davantage que sur la seule finalité du but. Il se positionnait comme un premier défenseur, toujours prêt à se donner à fond. Sa capacité à bien garder le ballon et son jeu de tête, développé tardivement mais maîtrisé, étaient ses atouts majeurs. Il se remémore avec amusement sa coiffure gominée, devenue une signature, même si elle lui causait parfois des désagréments sur le terrain.

La victoire historique de Bordeaux contre Lyon

L'ancien attaquant revient sur le titre de champion de France remporté avec Bordeaux en 2009, une période où l'équipe a su briser l'hégémonie de l'Olympique Lyonnais. Il évoque l'incroyable dynamique de victoires et des matchs mémorables, soulignant la cohésion de l'équipe et la beauté de son jeu offensif, malgré les nombreux buts encaissés.

La relation fusionnelle avec Yoann Gourcuff

Chamakh insiste sur la connexion unique qu'il a partagée avec Yoann Gourcuff, une entente qui transcendait le simple cadre professionnel. Il décrit Gourcuff comme un joueur clairvoyant et passionné, dont l'arrivée a insufflé une nouvelle énergie à l'équipe. Cette complicité sur le terrain a été, pour Chamakh, une expérience sans précédent, marquée par une entente quasi-télépathique.

Les regrets de la saison suivante et les arrêts de Lloris

La saison suivant le titre est marquée par un effondrement psychologique de l'équipe, notamment après la défaite en Coupe de la Ligue. Chamakh exprime sa frustration face aux occasions manquées en Ligue des Champions, particulièrement face aux arrêts d'Hugo Lloris, qui, selon lui, a qualifié son équipe à lui seul. Malgré de nombreux buts personnels, ces défaites restent des souvenirs amers.

La fin de l'aventure bordelaise et le rêve d'Arsenal

Le départ de Marouane Chamakh de Bordeaux a été semé d'embûches, notamment en raison de désaccords avec la direction. Il révèle avoir été la 'victime collatérale' d'un passif entre les clubs et que des pressions ont été exercées pour qu'il prolonge son contrat. Son rêve de rejoindre Arsenal, club qu'il admirait depuis l'époque des "Invincibles", l'a poussé à refuser des offres plus lucratives pour la Premier League, malgré une proposition salariale inférieure.

L'adaptation à Arsenal et la compétition avec Van Persie

À Arsenal, Chamakh a dû faire face à la concurrence de Robin van Persie. Il reconnaît la supériorité de son coéquipier, un joueur de classe mondiale, et a accepté son rôle de doublure. Il a néanmoins savouré cette expérience, réalisant un rêve de jeunesse et marquant des buts importants, notamment lors d'un match mémorable contre Reading. Sa relation avec Van Persie était facilitée par les origines marocaines de l'épouse du Néerlandais.

Les difficultés avec Wenger et l'épisode West Ham

La relation de Chamakh avec Arsène Wenger s'est détériorée en fin de parcours, principalement à cause d'un manque de communication. Il déplore la difficulté à obtenir du temps de jeu et le management du coach. Son passage à West Ham, sous la direction de Sam Allardyce, est qualifié de 'grosse carotte', l'entraîneur ne respectant pas ses engagements. Une expérience décevante qui l'a momentanément 'dégoûté du football'.

La renaissance à Crystal Palace et l'engagement politique

Crystal Palace a offert à Chamakh une nouvelle perspective, dans un club à l'esprit plus 'relax'. Il a contribué à maintenir le club en Premier League, se forgeant une réputation d'équipe 'casse-couille' à jouer. Il revient également sur son regrettable engagement en politique en 2010, une expérience éphémère qui lui a montré la complexité et les dangers de ce milieu. Il admire Jean Lassalle pour son authenticité et ses convictions.

Aspirations futures : coach, président et homme d'affaires

Aujourd'hui, Chamakh nourrit le désir de revenir dans le monde du football, mais sous un autre angle. Il envisage de devenir entraîneur, avec l'objectif de diriger un jour les Girondins de Bordeaux, même s'il préfère commencer au Maroc pour acquérir de l'expérience. En parallèle, il diversifie ses activités professionnelles en investissant dans la restauration, l'immobilier, l'agriculture et un centre d'appels. Son ambition ultime est de devenir président d'un club de football.