Mashama Bailey : L'Art de Fusionner les Saveurs Afro-Américaines avec l'Esprit Parisien
L'arrivée d'une vision culinaire distincte dans la capitale
Dans les ruelles du 7e arrondissement de la Ville Lumière, un nouvel établissement, L'Arrêt by The Grey, ouvre ses portes, offrant une expérience gastronomique inédite. Loin des classiques bistrots français, ce lieu propose une immersion dans la richesse de la cuisine afro-américaine du Sud des États-Unis, avec des plats tels que les middlins, le fried fish and grits, le mac'n'cheese et le chicken country captain. Ce restaurant est le fruit du travail de Mashama Bailey, une cheffe américaine saluée pour son talent.
Une cheffe primée : Du Bronx à la Géorgie, et maintenant à Paris
Mashama Bailey, originaire du Bronx et ayant grandi entre le Queens et Savannah, en Géorgie, est une figure emblématique de la scène culinaire américaine. En 2022, elle a été couronnée « meilleure cheffe des États-Unis » par la prestigieuse James Beard Foundation. Son restaurant The Grey, inauguré en 2014 à Savannah, est installé dans une ancienne gare routière, un lieu chargé d'histoire, symbolisant la fin de la ségrégation. Dix ans plus tard, elle et son partenaire de longue date, Johno Morisano, ont choisi Paris pour leur nouvelle aventure, reprenant L'Espérance avec l'ambition de préserver l'âme du bistrot parisien tout en y insufflant les saveurs généreuses de la Port City Southern cuisine.
Quand chaque plat raconte une histoire de métissage
Pour véritablement apprécier la cuisine de Mashama Bailey, il est essentiel de comprendre son parcours personnel et professionnel. Son chemin vers la haute gastronomie n'était pas tracé d'avance. Elle se souvient de ses premières expériences culinaires vers l'âge de 16-17 ans, notamment un moment marquant avec sa grand-mère en Géorgie, visitant une boutique où l'on fabriquait du pain et vendait du poisson, une source d'émerveillement face à des ingrédients méconnus. Cependant, le besoin de stabilité professionnelle l'a d'abord éloignée des cuisines, la conduisant à travailler dans le secteur social à New York et même dans un studio de pilates, bien loin des casseroles. C'est un licenciement qui la pousse finalement à embrasser sa passion et à s'inscrire à l'école de cuisine Peter Kump à New York.
L'influence française et la quête d'identité culinaire
Son parcours la mène ensuite en France, où elle participe à un programme d'alternance-étude en Bourgogne, travaillant trois mois dans un château. Cette expérience française forge sa décision de se consacrer à la cuisine du Sud, enrichie par les techniques classiques françaises. Au dîner, ses assiettes parisiennes marient ces influences : beurre maître d'hôtel, foie gras poêlé, purée d'ail, carpaccio de bœuf aux noix de pécan et pickles de gombo. Mashama utilise la cuisine comme un moyen de retracer une histoire complexe : "En tant qu'Afro-Américaine, on ne connaît pas toujours ce que nos ancêtres aimaient manger ou cuisiner, ni d'où ils venaient. À travers ma cuisine, je souhaite que les traditions que j'ai vécues restent vivantes, colorées, et qu'elles témoignent de notre histoire."
Paris : Un havre de paix et d'inspiration pour une cuisine audacieuse
La décision d'ouvrir un troisième restaurant à Paris est également profondément liée à son ami et associé Johno Morisano. Les deux natifs de New York ont partagé de nombreux projets, dont l'écriture de "Black, White and The Grey: The Story of an Unexpected Friendship and Beloved Restaurant". Johno a toujours encouragé Mashama à s'installer à Paris, convaincu que sa cuisine y serait appréciée. Leur arrivée en France vise à proposer une nouvelle perspective sur la cuisine afro-américaine, au-delà des clichés. Mashama espère y rencontrer des personnalités comme Bruce Springsteen et Oprah Winfrey, mais surtout des "gens normaux qui voient Paris comme un refuge", désireux de découvrir une cuisine qui, à travers ses saveurs, raconte des histoires de résilience, de métissage et d'identité.
