S'il était nécessaire de redessiner l'arbre généalogique des défenseurs néerlandais, Micky van de Ven en constituerait une lignée à part. Avant lui, son entraîneur actuel en équipe nationale, Ronald Koeman, s'était distingué comme le défenseur le plus prolifique en termes de buts, avec 253 réalisations. Si l'ancien joueur de Barcelone a apporté une touche technique au poste, se révélant relanceur, créateur et tireur d'élite sur coups de pied arrêtés, Van de Ven, lui, est un véritable catalyseur. Un joueur qui pense vertical, un sprinteur agile déguisé en pilier de la défense.
Lors d'une soirée mémorable, Van de Ven a une fois de plus récupéré le ballon à l'orée de sa surface de réparation, a levé la tête et a décidé que, pour accélérer le jeu, il devait prendre les choses en main. Neuf courses effrénées, un dribble audacieux et un gardien impuissant plus tard, Tottenham menait par trois buts à zéro face à Copenhague. Ce fut le sixième but de la saison pour le Néerlandais, faisant de lui le meilleur buteur du club, surpassant les attaquants dont c'est la tâche principale, et le défenseur le plus prolifique des cinq grands championnats européens.
Ce que Van de Ven a accompli n'étonne plus personne. Reconnu comme le défenseur le plus rapide de l'histoire, avec une vitesse enregistrée de 37,38 km/h, le Néerlandais n'en est pas à son coup d'essai. Demandez aux supporters de Manchester United ou d'Everton ce que cela fait de voir un géant d'1,93 mètre remonter le terrain à grandes enjambées, sans que leur défense ne puisse réagir. Il ne reste alors qu'à admirer sa maîtrise du ballon. Son entraîneur, Thomas Frank, a même comparé sa performance à celle de Lionel Messi devenu défenseur central, après le match contre Copenhague. Une telle comparaison est éloquente, même si l'Allemand aurait pu, par loyauté envers son club, mentionner l'exploit de Heung-min Son, qui lui avait valu le Prix Puskás en 2020.
Dans un football moderne où chaque joueur doit contribuer offensivement et défensivement, Van de Ven incarne parfaitement la philosophie du "football total" prônée par Johan Cruyff. Un précepte qu'El Flaco avait transmis, sans le savoir, à Koeman, et que ce dernier a à son tour insufflé au jeune défenseur de 24 ans. Si Ronald frappait les filets depuis 25 mètres, Van de Ven les atteint après une course de 75 mètres. La même confiance, mais dans une époque différente. Tous deux illustrent la même idée fondamentale : le défenseur néerlandais ne se contente jamais de défendre.
Son parcours aurait pu s'interrompre avant même d'avoir réellement commencé. Dans une vidéo diffusée sur la chaîne YouTube de Tottenham, Van de Ven partage ses doutes. À 18 ans, il évoluait encore avec les U19 de Volendam, un club de deuxième division néerlandaise, sans contrat professionnel ni perspective d'avenir. « J'avais 18 ans, et pour n'importe quel adolescent de mon âge, on commence à entrer dans la vie active : avoir un travail, étudier... Moi, je n'avais que le football, explique-t-il. Je disais à mon père qu'il fallait que je me réoriente en continuant de jouer dans un autre club. Mais mon père a refusé et m'a dit d'y croire. Deux mois plus tard, Wim Jonk est arrivé au club, ancien milieu international néerlandais, il m'avait déjà vu jouer et a dit : "Ce gamin doit avoir un contrat." Dans la foulée, j'ai signé pour les U21, joué trois mois avec eux, puis j'ai eu un contrat avec l'équipe première. Incroyable. »
Il a ensuite rejoint Wolfsburg alors qu'il jouait encore en deuxième division néerlandaise, et évolue désormais en Ligue des champions avec Tottenham, après avoir remporté la Ligue Europa la saison précédente. Le mot qui le définit le mieux est la rapidité. Tout est allé très vite pour Van de Ven : sa progression, ses buts, sa reconnaissance. C'est ce qui en fait aujourd'hui un défenseur hors norme, capable de transformer une simple récupération de balle en une action de génie, marquant ainsi son empreinte sur le terrain.
