Nantenin Keïta, athlète paralympique couronnée d'or aux Jeux de Rio en 2016, partage son témoignage poignant sur la manière dont sa déficience visuelle, loin d'être un obstacle, a façonné sa carrière et sa vie. Son parcours, depuis des débuts inattendus dans l'athlétisme jusqu'à son statut de championne, illustre la puissance du sport pour dépasser les limitations et forger une confiance en soi inébranlable. Elle met en lumière l'importance de transformer une perception négative du handicap en une source de force, un message inspirant pour les jeunes générations et le public en général, plaidant pour une meilleure inclusion et représentation du handisport.
Nantenin Keïta a découvert l'athlétisme un peu par hasard. Étant enfant, elle a essayé des sports comme le basketball et le handball, mais sa déficience visuelle rendait la pratique difficile, comme lorsqu'elle était placée au but au handball. Cependant, son amour pour le sport est resté intact. C'est lors d'une compétition pour déficients visuels, organisée par sa professeure d'éducation physique dans un collège spécialisé, qu'elle a été remarquée par la Fédération Française Handisport. Initialement, elle ne réalisait pas qu'elle participait à du para-athlétisme, mais ses victoires répétées et les trophées qu'elle rapportait à la maison l'ont encouragée. Elle a rapidement compris que ce sport était fait pour elle, offrant à chacun, quelle que soit son origine ou sa condition, une opportunité de s'épanouir.
Le sport a joué un rôle fondamental dans le développement personnel de Nantenin Keïta. Il lui a permis d'acquérir une confiance en soi qu'elle ne possédait pas naturellement. Les réussites sportives ont créé un contraste frappant avec les moqueries qu'elle subissait, la transformant de la simple «Nantenin Keïta l'handicapée» à la «Nantenin Keïta sportive de haut niveau». Cette évolution a été cruciale, la menant à réaliser que sa déficience visuelle n'était pas une fatalité, mais plutôt un catalyseur de ses succès. Comme elle le dit si bien, «grâce à ma déficience visuelle, je suis championne paralympique», incarnant la philosophie de transformer les difficultés en opportunités, à l'image d'un citron amer transformé en limonade.
Dans la vie quotidienne, la déficience visuelle de Nantenin Keïta présente des défis uniques. Étant aveugle de naissance, elle n'a pas de référence de la vision normale. Elle ne peut pas lire les noms de rue ou les étiquettes dans les supermarchés. Cependant, la technologie moderne offre de nombreux outils pour compenser. Le regard des autres reste une difficulté majeure ; sans canne ni lunettes distinctives, son handicap n'est pas évident, ce qui entraîne parfois des malentendus. Elle doit souvent se justifier. Sur la piste, les défis sont différents : se repérer dans un environnement familier comme l'INSEP, être constamment surconcentrée pour éviter les obstacles, et décoder les signaux dans un environnement sonore. Malgré tout, sa force réside dans sa persévérance et sa capacité à ne jamais baisser les bras.
Nantenin Keïta estime que les Jeux de Paris 2024 ont marqué un tournant dans la perception du handicap. Elle insiste sur la nécessité de poursuivre cet élan en rendant les clubs sportifs plus accessibles aux personnes handicapées et en encourageant les médias à couvrir régulièrement le handisport, et pas seulement pendant les Jeux Paralympiques. Elle a observé comment la compétition transforme le regard du public, passant de la pitié à l'admiration pour la performance et la compétitivité. Le témoignage d'une mère dont l'enfant, inspiré par la Phryge paralympique, s'est dessiné avec une prothèse, illustre parfaitement ce changement positif de mentalité. Cet événement est un pas significatif vers une société plus inclusive et consciente du potentiel du handisport.
