Cet article explore la notion de la \"génération dorée\" du football anglais, une période caractérisée par des talents individuels exceptionnels mais des résultats collectifs décevants. L'analyse se concentre sur le témoignage de Steven Gerrard, qui a qualifié cette équipe de \"perdants égoïstes\", mettant en lumière les rivalités internes et le manque de cohésion qui ont empêché la sélection nationale d'atteindre les sommets. L'article contraste cette époque avec la gestion actuelle de Gareth Southgate, qui a réussi à forger une véritable équipe, atteignant des finales importantes. Cette réflexion offre un aperçu des dynamiques complexes au sein des équipes de football et de l'importance cruciale de l'unité.
Il arrive parfois que de simples expressions, même anodines au départ, finissent par altérer la perception d'une équipe, provoquant des débats internes destructeurs. L'exemple de la \"génération dorée\" en est une illustration parfaite. Cette désignation, largement relayée dans les médias britanniques, a initialement été prononcée par Adam Crozier, alors dirigeant de la Fédération Anglaise de Football (FA), à la suite de l'éclatante victoire 5-1 de l'Angleterre contre l'Allemagne lors d'un match de qualification pour la Coupe du Monde en septembre 2001. Cette période, marquée par le triomphe de Manchester United en Ligue des Champions, la victoire de Liverpool en Coupe de l'UEFA, et l'émergence de stars comme Michael Owen et Wayne Rooney, promettait une ère de succès sans précédent pour l'équipe nationale. Des joueurs de renom tels que Steven Gerrard, Paul Scholes, Sol Campbell, David Beckham, Frank Lampard, Rio Ferdinand, John Terry, Gary Neville et Ashley Cole formaient un effectif qui semblait invincible sur le papier.
Crozier et l'ensemble de l'Angleterre étaient animés par un fervent espoir. La frustration accumulée depuis la Coupe du Monde de 1966, avec seulement une demi-finale de Coupe du Monde en 1990 et une demi-finale d'Euro six ans plus tard, rendait cet optimisme d'autant plus intense. Pourtant, les attentes furent cruellement déçues. Des théories diverses tentèrent d'expliquer l'incapacité de ces talents à coexister efficacement sur le terrain. Le mystère demeura : pourquoi des joueurs si brillants en club perdaient-ils leur éclat sous le maillot des Three Lions ? Cette période d'échecs, s'étendant de 2001 à 2010, culmina avec l'élimination précoce lors du Mondial sud-africain, marquant la fin d'une époque. L'Euro 2012, avec la défaite en quarts de finale face à une panenka d'Andrea Pirlo, confirma cette amère réalité.
Les confessions récentes de Steven Gerrard, partagées lors d'un entretien avec son ancien coéquipier Rio Ferdinand, ont ravivé les plaies du passé. Gerrard a exprimé une profonde frustration en se remémorant les performances de cette équipe. Il a déclaré : \"Le talent était là. Les joueurs étaient là. Le niveau de jeu que nous avions tous était là pour nous permettre de faire mieux. Je suis très frustré quand je repense à l'Angleterre, car nous n'avons jamais fait mieux. Je pense que c'est une combinaison de plusieurs facteurs, mais l'un des plus importants pour moi, c'est que nous n'étions pas une équipe. Nous étions un groupe d'individus talentueux, et ça ne fonctionne jamais comme ça.\" Il a ajouté qu'il ne ressentait pas de véritable connexion avec ses coéquipiers ni avec l'Angleterre, estimant que \"s'ils avaient été plus solidaires, plus soudés et s'ils s'étaient mieux appréciés, cela se serait reflété dans leurs performances.\" Gerrard a même révélé la présence d'\"amertume, un peu de haine\", qu'il considère rétrospectivement comme une immaturité. Sa conclusion sans appel fut que \"Nous étions des perdants égoïstes.\"
Bien que les rivalités inter-clubs et les divisions au sein du vestiaire anglais soient connues, personne n'avait osé les aborder avec une telle franchise. Les joueurs de Liverpool et Manchester United s'ignoraient, tandis que ceux de Chelsea formaient un clan à part. Les entraîneurs de l'époque, Eriksson, McClaren, et Capello, semblaient incapables de gérer ces tensions. L'Angleterre n'était pas une véritable équipe, mais plutôt une mosaïque d'individus, d'égoïsmes et de factions, unies par des sentiments de mépris et de haine. Ces dynamiques toxiques ne pouvaient être temporairement atténuées que par l'intensité du jeu sur le terrain, mais cette trêve de 90 minutes était insuffisante pour surmonter une semaine entière de désunion.
Le constat de Gerrard, bien que brutal, est d'une sincérité indéniable. Le bilan de cette \"génération dorée\" est d'autant plus décevant qu'il contraste avec les succès récents de l'équipe nationale. Il est significatif que la transformation des Three Lions, qui ont atteint deux finales de championnat d'Europe ces cinq dernières années, ait eu lieu sous la direction de Gareth Southgate. Ayant lui-même été témoin des divisions de la \"génération dorée\" en tant que joueur, Southgate, ancien joueur de Middlesbrough, a compris l'importance de la cohésion. Il s'est juré de ne pas tolérer les clivages, veillant à ce que son équipe ne se contente pas de jouer ensemble, mais apprenne également à vivre ensemble. Une leçon que le football anglais a mis du temps à assimiler.
